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Pourquoi la matière organique persiste-t-elle dans les sols ?

Pourquoi la matière organique persiste-t-elle dans les sols ?

Source : CNRS-INSU
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Les mécanismes contrôlant la persistance du carbone organique dans les sols viennent d’être révélés par une équipe internationale pilotée par le CNRS. Grâce à l’analyse d’une collection d’échantillons de sol exceptionnels, les chercheurs ont pu mettre en évidence une origine énergétique à la persistance du carbone: le carbone organique stable serait laissé de côté par les micro-organismes décomposeurs du sol en raison de son trop faible contenu énergétique. Ces résultats ont permis d’initier un projet de norme ISO visant à quantifier la durabilité du carbone stocké dans les sols. Ils ouvrent également la voie à une nouvelle génération de modèles de la dynamique du carbone dans les sols basés sur son énergie.

Malgré le rôle central qu’elle joue dans la fertilité des sols et dans la prévision de l’évolution de la concentration en CO2 atmosphérique au XXIe siècle, la dynamique de la matière organique dans les sols reste mal comprise. Les sols contiennent une grande variété de matières organiques dont les temps de résidence sont très divers (de quelques heures pour les matières organiques les plus labiles à plusieurs décennies ou siècles pour les matières organiques les plus stables). Malgré plusieurs décennies de travail sur le sujet, les mécanismes expliquant la persistance de la matière organique dans les sols demeurent activement discutés, ce qui limite fortement notre capacité à prédire l’évolution des stocks de carbone du sol dans le contexte des changements globaux.

Ce travail fournit, pour la première fois de manière aussi claire, une explication énergétique à la stabilité du carbone dans le sol: le carbone stable serait laissé de côté par les micro-organismes du sol en raison de son trop faible contenu énergétique.

Les perspectives de ce travail à court et moyen terme sont très riches. À court terme, ces résultats sont actuellement utilisés dans le cadre d’un projet de norme ISO qui tente de proposer une méthode normée permettant de déterminer les quantités de carbone labile à l’échelle de 20 ans et de carbone stable à l’échelle séculaire. À moyen terme, ce travail pourrait constituer un point de départ pour des modélisations plus réalistes de la dynamique du carbone dans les sols, car basées sur le contenu énergétique de la matière organique.

Sols et Comptabilité carbone

Auteur : M. Bernoux (IRD Montpellier)
Document source : Video de l’AFES
Durée : 94 mn
Date : 2013
Titre : Sols et Comptabilité carbone

Revue de Presse : Les sols agricoles insuffisamment protégés par les pouvoirs publics

Revue de Presse : Les sols agricoles insuffisamment protégés par les pouvoirs publics

Le Conseil économique, social et environnemental veut mettre un frein à l’artificialisation des terres et promeut l’agroécologie.
Ressource naturelle précieuse pour la sécurité alimentaire,le maintien de la biodiversité ou même l’atténuation du changement climatique,les sols agricoles sont insuffisamment protégés par les pouvoirs publics. Dans un avis très attendu,voté mercredi 13 mai, le Conseil économique, social et environnemental(CESE) ouvre plusieurs pistes d’action pour tenir compte des services rendus à la société par les sols agricoles. « L’avis vise d’abord à une prise de conscience de l’ensemble de la société sur la valeur et l’importance des terres agricoles, résume Cécile Claveirole, co-rapporteuse du texte. Il s’agit d’une problématique
et d’un enjeu de société. »
La première menace identifiée par le CESE est celle de l’artificialisation de ces terrains. Selon les données réunies par le Conseil, entre 2000 et 2012, 40 000 à 90 000 hectares de terres arables ont disparu chaque année en France sous les nouvelles infrastructures et l’étalement urbain. « Les sols sont une ressource “consommée” de manière complètement abusive, comme si elle était inépuisable », dit Mme Claveirole.
Pour contrer cette tendance, le Conseil préconise de mettre en place une fiscalité favorable à la réhabilitation de logements anciens ou à la réexploitation de zones commerciales obsolètes.
Aujourd’hui, au contraire, les dispositifs fiscaux en vigueur encouragent plutôt l’étalement urbain. En particulier, les plus-values réalisées lors de la vente de terrains agricoles rendus constructibles ne sont que faiblement taxées (5 % à 10 % selon les cas). Un relèvement de cette fiscalité serait d’autant plus justifié, note le CESE, que « le prix d’un terrain constructible de moins d’un hectare s’élève en moyenne à 64 fois celui de l’hectare agricole ».
L’extension des zones urbaines est d’autant plus dommageable que, comme l’explique Cécile Claveirole, « ce sont les meilleures
terres, les plus fertiles, qui disparaissent en premier ». « Historiquement, les villes se sont implantées dans les zones où les terres sont les plus favorables à l’agriculture, précise-t-elle. Ainsi, lorsque les villes s’étendent aujourd’hui, elles empiètent sur les meilleurs terrains dont nous disposons. »
Une limitation du phénomène passe par une densification des centres urbains et un rééquilibrage de l’offre commerciale, dont 62 % se situent, en France, dans les centres commerciaux en périphérie des villes. « On est loin de l’Allemagne, par exemple, ou un tiers de l’offre est en centre ville, un tiers dans les quartiers et un tiers en périphérie », ajoute Agnès Courtoux (groupe CFTC), co-rapporteuse du texte. « Il convient d’encadrer strictement la création de zones commerciales (grandes et moyennes surfaces) ex nihilo en ne les autorisant que là où elles sont totalement justifiées, précise le rapport, et de maintenir une possibilité d’arbitrage par les préfets. »
« Forme d’appropriation »
Le CESE s’est également penché sur la « prise de contrôle des terres par des capitaux étrangers détenus par des sociétés multinationales». Jugé « néfaste » par les conseillers, ce phénomène d’accaparement des terres « se développe en Europe mais aussi en France, s’agissant notamment de grands domaines viticoles », note le CESE. Ce dernier souhaite que « des mesures soient rapidement adoptées pour que les Etats disposent de la faculté d’encadrer, voire de s’opposer à cette forme d’appropriation».
Outre la préservation du foncier agricole, l’autre grand axe de travail du CESE a été l’exploration des moyens de préserver la qualité biologique des sols par de nouvelles pratiques. « Nous pré- conisons d’accroître le soutien aux agriculteurs qui s’engagent, plutôt que pénaliser les pratiques existantes », dit Mme Claveirole.
Le Conseil recommande ainsi en premier lieu d’intensifier la recherche en agroécologie, ainsi que l’on nomme les pratiques visant à tirer parti du capital naturel des écosystèmes (gestion de l’eau, reboisement, lutte contre l’érosion ou utilisation de la biodiversité), plutôt qu’avoir un recours massif à des intrants (engrais, pesticides, etc.) qui en altèrent le capital et les fonctions biologiques.
Parmi celles-ci, le CESE met l’accent sur la capacité à stocker de la matière organique – donc du carbone – et d’atténuer ainsi le changement climatique en cours. Tout le carbone séquestré dans les sols ne finit en effet pas dans l’atmosphère, sous forme de CO2. « Les chercheurs que nous avons auditionnés, explique Mme Courtoux, ont tous insisté sur l’importance de ce point. » Ce rôle de « tampon climatique» des sols « gagnerait à être valorisé », notent les conseillers.
Un programme international de recherche en ce sens a été annoncé fin avril par le ministère de l’agriculture. Avec, en ligne de
mire, la prise en compte de cette fonction des sols dans les négociations en cours, qui doivent culminer, en décembre à Paris,
avec la signature d’un accord universel sur le climat.

Auteur : Stéphane Foucart
Source : Le Monde 15 mai 2015

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