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Chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique, Jérome Balesdent répond aux questions de «Libération» sur les pouvoirs de séquestration du carbone par les sols.

Auteur de 80 clés pour comprendre les sols (2015), Jérome Balesdent est directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et spécialiste de la séquestration du carbone dans les sols. Il nous explique en trois questions ce mécanisme vertueux pour lutter contre le changement climatique.

Par quel mécanisme les sols capturent-ils du carbone ?

Dans le cycle naturel du carbone, les végétaux le captent dans l’atmosphère grâce à la photosynthèse. Après l’avoir utilisé pour leur croissance, ils le transfèrent dans le sol via leurs racines, feuilles et bois morts. Le carbone peut y rester des décennies voire des siècles avant d’être relâché dans l’atmosphère. Les sols contiennent environ 2 000 milliards de tonnes de carbone. Depuis la révolution industrielle les humains émettent beaucoup de carbone dans l’atmosphère. La biosphère et les sols auraient piégé deux à trois milliards de tonnes par an, soit environ un tiers du carbone dégagé par les hommes, contribuant ainsi à retarder le réchauffement climatique mondial. 

Les activités humaines limitent-elles ces capacités de stockage ?

L’agriculture intensive et la déforestation tropicale ont appauvri les terrains et restreint les quantités de carbone séquestré. Un programme comme le «4 pour 1000», lancé par le gouvernement français lors de la COP 21 sur le climat de 2015, a pour but de développer les techniques augmentant le stockage. C’est une solution à déployer en parallèle des réductions d’émissions de gaz à effet de serre et des projets d’adaptation aux conséquences du changement climatique.

Quelles techniques peuvent aider les sols à séquestrer le carbone ?

En termes d’agriculture et de sylviculture, on peut augmenter les surfaces de prairies. L’agroforesterie, qui consiste à allier cultures et forêts, est aussi efficace. Tout comme l’agriculture sans labour et l’adoption de cultures intermédiaires. Les consommateurs ont aussi un rôle important à jouer pour limiter les importations de produits issus de l’agriculture intensive et de la déforestation. Par ailleurs, recycler les matières organiques dans les sols permet de les rendre plus fertiles, plus stables et donc de lutter contre l’érosion. Cela a un double effet positif pour limiter les impacts du changement climatique.

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